
Cette semaine, une scène de vie est venue me bouleverser.
Je ne veux pas raconter cette histoire. D’autres en connaissent les détails mieux que moi. Ce qui m’importe c’est pas ce qui s’est passé, mais ce que cela a réveillé en moi.
En rentrant, une image me revenait sans arrêt:
Une rivière et ses berges.
On pourrait croire que la liberté ressemble à une rivière sans berges. Une eau qui peut aller où elle veut, sans limites, sans contraintes.
Mais regardez bien, la nature nous montre autre chose:
Une rivière n’est jamais aussi vivante que lorsqu’elle rencontre ses berges.
Elles ne sont pas là pour l’empêcher de couler.
Les berges accompagnent l’eau en lui offrant un espace où elle peut déployer toute sa puissance sans qu’elle se disperse partout.
Les berges n’étouffent pas la rivière.
Non non, elles la protègent.
Et la rivière ne lutte pas contre elles, parce qu’elle les épouse.
Cette semaine, j’ai senti combien on confond parfois la liberté avec l’absence de limites.
Comme si être libre consistait à ne plus avoir de berges.
Mais en fait, une rivière sans berges elle ne devient pas plus libre.
Elle devient une eau qui s’éparpille, qui déborde, qui perd sa direction, un marécage.
Aussi, des berges qui voudraient posséder la rivière deviennent des murs.
Je me suis demandée si on n’avait pas oublié ce que c’était un masculin profondément vivant.
Pas un masculin qui prend, ni qui vient conquérir.
Mais un masculin qui sait écouter.
Qui sait sentir jusqu’où il peut s’approcher.
Qui comprend que la force n’est pas de franchir une limite, mais de la respecter.
Comme les berges respectent le mouvement de l’eau.
Et là, alors la rivière peut enfin se détendre.
Elle n’a plus besoin de se défendre.
Elle peut simplement couler.
Peut-être que c’est ça qui m’a profondément touchée cette semaine.
Au-delà des histoires persos, j’ai senti combien beaucoup de femmes portent encore, dans leur corps, la mémoire d’un masculin qui est entré sans écouter.
Et combien beaucoup d’hommes cherchent, eux aussi, une autre manière d’être des hommes.
J’ai pas envie d’opposer le féminin et le masculin.
Je crois qu’ils ont besoin l’un de l’autre.
Comme une rivière a besoin de ses berges… les berges existent que parce qu’une rivière les traverse.
La nature nous le montre depuis toujours.
Sommes-nous prêts à l’entendre?


